Pourquoi écrit-on ?
Que nous reste-t-il à écrire ?
L'étonnant nihilisme qui te poursuit en toutes circonstances. Comme un regard, ironique et amer – un regard sans illusion – qui se pose, à chaque instant, sur ce que tu fais... et qui fait la moue.
Pendant longtemps, j'ai renoncé à nourrir des projets autour de l'écriture.
Ce n'est pas une histoire d'inspiration, c'est autre chose.
Il y a trop de mots, beaucoup trop de mots. Des bêtises, des banalités, à la pelle – partout. Comment justifier que j'augmente ce flot à mon tour ? Ce faisant, j'alimente la grande cacophonie de la littérature – ouvrez les guillemets. Celle qui empêche d'entendre ceux qui en valent la peine.
Alors quoi ?
C'est peut-être pour faire taire quelque chose... Sceller définitivement de vieilles histoires, dans un petit coffret précieux, à mettre sous clé. Joli cadeau à faire à un enfant – avec la manière de s'en servir... Ce serait un hurlement sculpté par la force des choses – un déchirement devenu forme. Ce serait dompté, exorcisé. Ce serait devenu quelque chose qui a du sens...
C'est important, certes. Mais cela suffit-il ? A l'écrire, peut-être. A dire qu'on l'écrit, en revanche...
Il doit bien y avoir une prétention à quelque part. Pourtant, il n'y a rien que je haïsse plus que les postures – ne voulons-nous pas tous être artistes, aujourd'hui, à notre échelle et dans la mesure de nos moyens... ? Alors je n'ai plus cherché à nommer mes silences. J'ai digressé. Mais sans doute y a-t-il bien de la vanité, à prétendre ne pas faire comme tout le monde...
Car moi aussi, j'aimerais faire quelque chose... prendre de l'ancien pour trouver du nouveau, ou que sais-je - qui, aujourd'hui, plongerait au fond de l'inconnu. pour cela... ? Moi aussi, j'ai un reste d'orgueil d'enfant... du temps où je notais, sur les feuilles de renseignement, que, plus tard, je serai écrivain. Et surtout... Moi aussi, j'ai cette petite histoire qui me hante et que je voudrais déposer quelque part, comme on offre de l'encens aux dieux, avec le secret espoir d'une réponse favorable...
« On m'aimerait si on savait ! » – ce genre de choses...
C'est bien la plus grosse perle, sans doute, sur le collier de mes prétentions.
~ * ~
Alors j'ai commencé quelque chose. J'ose même en parler, parfois, pour le plaisir d'effleurer le projet d'un geste vague – pour le faire vivre un peu, au cas où. Devant les copains, on fait comme si cela avait peu d'importance – avec la désinvolture nécessaire.
Je vais avoir l'intention de le faire... n'est-ce pas ?